Il fait lever le pain et l’autonomie alimentaire
Dans la Drôme, Victor Lapel associé du fournil Roule ta Boule pétrit pains et viennoiseries produits à partir de farines locales. Avec sa coopérative spécialisée, le Grap (Groupement régional alimentaire de proximité), il trouve les personnes et les moyens pour bâtir collectivement de nouveaux projets de développement local.
S’il est un point commun à bien des entrepreneur⸱ses salarié⸱es, c’est bien la diversité des parcours personnels et professionnels avant d’arriver en coopérative d’activité et d’emploi. L’histoire de Victor Lapel, ingénieur devenu un boulanger de campagne heureux ne déroge pas à la règle. Diplômé en génie mécanique et en énergies renouvelables, l’entrepreneur aujourd’hui âgé de 28 ans a pris la tangente rapidement. « J’ai vite déconstruit le mythe de la croissance verte… Avec deux copains, plutôt que de participer à tuer le vivant, on a décidé d’aller chercher sur les routes de France de la joie et des initiatives intéressantes dans lesquelles se projeter. »
Le périple les mène jusqu’à la Drôme. Le confinement du COVID les y retient. La période permet à Victor Lapel de « laisser décanter toutes les idées, toutes les rencontres » du voyage à vélo. Le retour à la terre l’attire, avec le modèle d’une paysannerie « propriétaire de son moyen de production et qui ne cherche pas à maximiser les profits. » Après un bac pro agricole et des stages dans des fermes puis chez des boulangers, l’ancien ingénieur rejoint en 2022 le fournil Roule ta Boule à Crest (Drôme) rattaché à la CAE le Grap (Groupement régional alimentaire de proximité). Avec son associé Matthieu fondateur du fournil, Victor pétrit à la main ses pains à partir de farines bios produites localement par quatre fermes partenaires. « Nous avons bâti le modèle qui nous convient. Je travaille 30 heures par semaine, je prends des vacances et j’ai ainsi le temps de restaurer la ferme où j’habite et de m’investir dans la vie locale et celle de la coopérative. »
Basé à Lyon, le Grap regroupe 300 entrepreneur⸱ses salarié⸱es et 70 activités de l’alimentation durable. Cette année, Victor est animateur territorial Drôme Ardèche, l’un des temps coopératifs indemnisés mis en place par la coopérative pour développer son animation. « Il y a une forme de puissance collective et, par rapport à d’autres espaces militants, de réalisme qui est impressionnante, s’enthousiasme Victor. L’argent gagné nous permet de développer les outils qui nous conviennent. » Les coopérateurs⸱rices envisagent notamment grâce à leurs besoins communs de favoriser la sécurisation de filières paysannes. Ils planchent aussi sur une sécurité sociale de l’alimentation. « C’est grisant de voir à quel point une organisation de 300 personnes comme celle-ci peut être efficace. Je suis fier de participer à ce genre de projets. »